Rencontre avec le sauvage – Joris a la parole !

Nous continuons la série d’interviews avec le formidable photographe animalier : Joris Anneheim ! Ethique irréprochable, photos fabuleuses et pleines d’émotions, plongez au coeur de son travail et de son univers ! 😍

Ses mots vous apprendront beaucoup sur l’approche en photographie animalière et vous motiveront à redoubler de vigilance envers les trésors de notre Terre.

La rencontre avec le sauvage et notamment avec le Lynx, vous feront rêver, rendez-vous plus bas pour découvrir son petit récit ! 🙂

(L’article est plus agréable à lire sur ordinateur, notamment pour bien profiter des photos de Joris présentes ici). Les photos sont donc protégées par son droit d’auteur.

Bonne lecture 🥰

QUI EST JORIS ?

Je m’appelle Joris Anneheim, un alsacien de pure souche ! J’ai 21 ans, à peu près autant d’années que j’explore les campagnes autour de chez moi dans le Grand Est. La faune m’a toujours émerveillé, je l’ai observé de nombreuses années jusqu’à pouvoir l’immortaliser numériquement il y a 4 ans.

Quel est ton parcours ? / Ton travail 

Mon parcours scolaire s’est toujours orienté vers le domaine de l’environnement, la photo est venue progressivement et reste un loisir.

Au lycée, ne sachant pas trop quoi faire en lien avec ma passion pour les animaux, j’ai réalisé plusieurs stages dans le soin animalier en parc zoologique. Jouer avec des ours et nourrir des pandas roux c’était chouette, mais le besoin de rejoindre le sauvage était plus fort.

Mon temps libre était consacré aux virées en forêt, en montagne, dans les champs à côté de chez moi… L’envie d’étudier et de préserver la biodiversité est vite apparue, c’est pourquoi j’ai choisi de faire des études supérieures dans le domaine de la protection de la nature, de l’écotoxicologie et de la restauration écologique des écosystèmes.

Depuis 2020, je travaille en tant que Chargé d’études faune. Finalement, mon parcours est assez logique.

Pourquoi la photo animalière, depuis quand ? Quels sont tes objectifs, le message que tu souhaites faire passer ?

J’ai grandi avec cette passion pour l’environnement, pour les animaux, pour l’art. La photo regroupe parfaitement ces centres d’intérêts, elle est venue progressivement et naturellement.

Plus petit, les randonnées en famille étaient hebdomadaires et il n’était pas rare d’apercevoir de belles fleurs sur les sentiers ou un animal au loin. A l’époque, j’utilisais mes premiers smartphones pour immortaliser ces trésors de balades, et même si une image faisait 3 malheureux pixels, j’étais satisfait ! C’est en 2018 que j’ai investi dans un appareil réflex, une idée soumise par ma famille ; depuis il n’a jamais quitté mon sac.

Au fur et à mesure des sorties et des situations, mon matériel a évolué, ma démarche de faire aussi. J’ai réalisé des reportages de mariage, de rallye automobile et d’architecture urbaine mais l’animalier reste ma thématique principale et préférée. Des projets se sont montés et certains sont à venir, particulièrement autour d’espèces mal connues (nocturnes, mystérieuses, ignorées à tort…).

L’objectif premier de ma pratique est de valoriser et d’informer pour préserver. Sur les réseaux sociaux, le nombre d’images naturalistes a explosé ces dernières années, cela permet de faire découvrir la biodiversité, de démentir des idées reçues et de faire évoluer certaines pratiques… Même si le « mignon et coloré » l’emporte et les coulisses sont mal connus, je pense les non-initiés à l’environnement développent une certaine sensibilité vis-à-vis de leurs voisins à plumes, poils et écailles… C’est essentiel pour comprendre l’intérêt de leur préservation.

Que t’apporte cette merveilleuse passion ?

Des rencontres, des émotions, une certaine intimité… Le rapport aux animaux est merveilleux et enrichissant, je ne pense plus pouvoir m’en passer.

Joris

As-tu une idée du temps passé sur le terrain ou en affût ?

Dès qu’une occasion se présente ! Arpenter et étudier les milieux naturels est devenu mon job et reste mon passe-temps favori, le terrain doit représenter quelque chose comme 60-70% de mon temps. Un affût d’observation dure plusieurs heures minimum, nécessaires pour se fondre dans le décor.

Quelles sont les difficultés que l’on peut rencontrer ?

Il est parfois difficile de pallier le manque d’inspiration, la solitude qui devient un réflexe, ou de garder personnelle la raison de sa motivation, ce « pourquoi » je fais ça ? Pour qui ? Est-ce un plaisir ou un contenu visuel pour satisfaire un public ? C’est un peu le piège des réseaux sociaux. Je fais des pauses régulièrement pour me recentrer sur moi-même.

Il y a aussi des difficultés directement liées à la pratique de la photo animalière, qu’elles soient physiques ou morales. Les conditions météos ne sont pas toujours évidentes, les animaux sont très discrets et farouches, une accumulation de ces facteurs peut devenir démoralisant.

 Que penses-tu de l’éthique en photographie animalière et quelle est ton éthique, ton exigence lors de tes sorties photos ?

L’éthique naturaliste est fondamentale, mais pas toujours respectée.

Je trouve que de nombreux photographes n’ont pas conscience de leur impact et considèrent les animaux comme de simples modèles à disposition de leur plaisir personnel. Encore aujourd’hui, on voit passer sur Internet des photos d’amphibiens attachés par des fils pour obtenir des positions grotesques, des insectes congelés pour soigner la composition de l’image, des mammifères appâtés toute l’année ou des enclos à poissons disposés dans la rivière pour attirer les oiseaux pêcheurs…

A partir du moment où l’on intervient physiquement pour obtenir une image, elle n’est plus éthique. La photo d’une rencontre animalière forcée perd tout son sens…

Joris

A partir du moment où l’on intervient physiquement pour obtenir une image, elle n’est plus éthique. La photo d’une rencontre animalière forcée perd tout son sens…

Les animaux sont soumis à un stress permanent dû à la pression humaine ; ils sont craintifs et inquiets, il serait dommage que le photographe animalier devienne une menace de plus ..!

 Quelle est ton approche, ta méthode lors d’une sortie photo ?

J’arrive toujours sur place bien avant le passage des animaux ; une bonne heure minimum avant le lever et le coucher de soleil. L’objectif étant d’observer l’espèce et non d’interagir avec, je suis le moins bruyant et à découvert possible, en maintenant une bonne distance vis-à-vis du lieu de passage.

Joris

Techniquement, pour réaliser mes images, je respecte un plan en 3 temps : la compréhension du milieu et de l’espèce (comportement, habitats), la reconnaissance de terrain et l’anticipation des facteurs extérieurs (direction du vent, météo, indices de présence) puis finalement l’art du camouflage. Enfin ça c’est en théorie, c’est souvent une question de chance, les animaux sont imprévisibles ! 😊

J’arrive toujours sur place bien avant le passage des animaux ; une bonne heure minimum avant le lever et le coucher de soleil. L’objectif étant d’observer l’espèce et non d’interagir avec, je suis le moins bruyant et à découvert possible, en maintenant une bonne distance vis-à-vis du lieu de passage. L’approche physique reste une opportunité rare et à ne tester que lorsque les conditions sont excellentes : animal tolérant, en période non sensible, sens du vent favorable etc

Peux-tu nous raconter ta plus belle rencontre animalière ?

Sans aucun doute celle du Samedi 11 Juillet 2020. Avec ma conjointe, nous avions entrepris un petit séjour en bivouac dans le Jura, de simples vacances à errer entre points de vue, lacs et petits villages… Mais nous étions loin de nous douter qu’elles resteraient à ce point mémorables !

En voici le récit :

Impossible de décrire nos émotions à ce moment-là. Un cocktail de stupéfaction, de surprise et d’émerveillement. « Ce soir-là, cela faisait plus d’une heure que nous nous agitions sur le lieu du campement à poser la tente, préparer le terrain… Nous nous sommes posés quelques minutes le temps du repas, quand on croit voir quelqu’un approcher entre les buissons. Non, c’est autre chose. Un chat ! Plutôt un gros chat !

Un jeune Lynx est sorti de l’ombre face à nous à moins de 5 mètres, les yeux dans les yeux. Il avait l’air tellement paisible, presque pas étonné de nous voir.

Les conditions n’étaient pourtant pas du tout idéales pour observer quelconque animal ! Fumée et odeurs, bruit… Nous ne saurons jamais s’il était sur nos traces ou celles d’un chevreuil, s’il était là par curiosité ou pour explorer son territoire.

Je ne voyais ce prédateur discret et rarissime que dans des articles, des reportages, des magazines, cette rencontre a bouleversé toutes les théories… Comme la plupart des photographes animaliers, l’apercevoir était un rêve, même l’objectif d’une vie.

Depuis, nous sommes persuadés de ne pas seulement avoir vu le Lynx, mais de l’avoir rencontré. »

Depuis, nous sommes persuadés de ne pas seulement avoir vu le Lynx, mais de l’avoir rencontré. »

Quelles sont les espèces que tu rêverais de photographier et pourquoi ?

Parmi mes objectifs à long terme, je rêve de photographier les grands prédateurs dont le Loup, l’Ours et le Lynx boréal à l’origine de nombreux conflits et mythes, mais aussi la faune des territoires arctiques avec le préhistorique Bœuf musqué. Le Canada et les pays nordiques m’attirent aussi pour leurs grands espaces…

Mais pour le moment, je suis focus sur quelques sujets/challenges présents par chez moi dont les chiroptères en vol, le Castor et les rapaces nocturnes… qui me donnent du fil à retordre !

Que penses-tu des retouches en photo ?

Il faut bien distinguer la retouche du post-traitement ; la retouche étant une modification de l’image et le post-traitement se limitant à ajuster la luminosité, la saturation, la température…

Lors de la prise de vue, des éléments gênent souvent la composition souhaitée. Une petite branche trop visible, un brin d’herbe qui passe devant le pelage, une tache sur l’objectif… Si les retouches sont légères, elles peuvent améliorer un cliché (en vue d’une impression par exemple) mais il faut les utiliser avec parcimonie. Une photo animalière trop retouchée se remarque et ne reflète pas la réalité, je trouve ça dommage ; les défauts n’existent pas dans la nature ! 😉

A l’inverse, le post-traitement sous forme de corrections fait partie des séances photo, des miennes en tout cas. Je shoot en RAW, un type de fichier qui contient les données brutes du capteur et qu’il est nécessaire de passer dans un logiciel pour l’exporter en format d’image traditionnel (jpeg, png). Le RAW permet de « retravailler les conditions de prise de vue » après le terrain si les paramètres n’étaient pas au top.

Quelle est la photo dont tu es le plus fier ?

Plusieurs images me tiennent à cœur, mais techniquement parlant la photo des Verdiers d’Europe en querelle aérienne fait partie des premières qui m’ont demandé beaucoup de patience et de réactivité. C’était un vrai défi de saisir la vitesse et la position de ce double-sujet… Je n’ai pas eu de deuxième chance !

Quels conseils donnerais-tu aux photographes animaliers débutants ?

Un seul conseil mais primordial : connaître et respecter son sujet avant de chercher à l’observer. Cela permet de mettre toutes les chances de son côté et d’éviter de faire des erreurs bêtes.

Quels sont tes projets, ton actualité ?

Cette année, j’ai la chance et l’immense joie d’exposer des photos de manière permanente sur 3 sites en Alsace, et lors du 1er Festival photos nature de l’association Prenons la Pause (rendez-vous du 22 au 24 Octobre !) avec des artistes que j’admire.

 Un petit mot pour la fin de l’interview ?

Je suis heureux de constater une implication croissante pour la protection de la biodiversité ; l’ère du partage numérique y contribue très probablement et permet à la photo animalière de devenir un support de communication et d’échange à grande échelle.

Merci beaucoup pour tes questions, ton implication et ta mise en valeur de cette passion commune !

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(2 commentaires)

  1. Merci Joris pour tes témoignages sur la photo animalière. Ta rencontre avec le lynx m’avait marquée 👌 incroyable.
    Au plaisir de continuer à te suivre sur Instagram.

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