S’exprimer à travers la photo d’oiseaux, avec Antoine Dusart

Lire Antoine est une invitation à la poésie, à l’amour qu’il porte aux oiseaux et à comment ils l’inspirent. Sa fascination pour ces boules de plumes rendent d’autant plus fluide sa propre plume. A travers les mots qu’il associe à ses photos, l’émotion se fait plus forte, nous libérant dans une imagination ponctuée de vérité.

Je vous souhaite une très belle lecture et n’hésitez pas à lui laisser un petit commentaire sous l’article !

(L’article est plus agréable à lire sur ordinateur, notamment pour bien profiter des photos d’Antoine présentes ici). Les photos sont protégées par son droit d’auteur.

Antoine Dusart, photographe animalier


Je suis Antoine. Je fais de la photo d’oiseaux. J’ai 33 ans et suis Cancer. Je n’aime ni le café ni la bière. Le vert est ma couleur préférée. Je n’ai pas le permis. J’habite en Charente-Maritime et suis originaire de la région parisienne (pour ne pas dire la banlieue). Je travaille depuis cette année à la LPO.

Ca fait 3 ans que je fais de la photo. J’aime les oiseaux depuis que je suis tout petit et puis, la vie de citadin faisant, c’est un peu tombé dans l’oubli. Ce sont mes voyages à l’étranger qui ont fait resurgir cette passion.

J’adorais me lever avant les autres pour me plonger dans la nature, et puis, un jour, j’ai eu envie de continuer à mon retour. J’ai été stupéfait de voir que les endroits qui m’étaient familiers regorgeaient d’oiseaux sans que je ne m’en sois jamais aperçu. Je ne savais seulement pas comment les approcher et comment me comporter. Je me suis donc mis au MOOC Ornitho et acheté mon premier téléobjectif.

Que t’apporte cette merveilleuse passion ? Quel est le message que tu souhaites faire passer ?

Ca fait un peu égoïste de dire ça, mais je fais avant tout de la photo pour moi. J’adore être dehors, chercher et essayer de créer. On a tous plus ou moins cette volonté de s’exprimer. Les oiseaux m’aident à poser mon regard et les observer me fait vivre la vie à leur rythme. Je n’ai jamais autant été dans le présent que depuis que je passe du temps avec eux. Chaque jour compte. Chaque jour est différent. Encore mieux que le yoga !

Qu’est-ce que l’écriture t’apporte et comment tu l’associes à la photographie ? 

Je dirais que c’est le mérite de l’algorithme d’Instagram de nous inciter à écrire un texte pour accompagner les images ! Je débute complètement sur l’écriture mais effectivement, elle est pour moi aussi importante que la photo en elle-même. J’ai l’impression de mieux honorer la rencontre avec l’oiseau. En photo, on court après l’émotion et le texte, c’est un moyen supplémentaire de la partager et de la retenir encore. 

Exemple d’un de ses textes :

Alors que la nuit tombe silencieusement dans le maquis, un Gobemouche gris se perche quelque part dans le ciel. Celui-ci s’entoure d’un voile sombre et le feuillage des arbres crée des formes étranges qui semblent comme encadrer la scène et lui donner un début et une fin. Après quelques instants, le Gobemouche gris tourne sa tête vers la gauche.

Je l’imagine à mi-chemin sur le fil de la vie. Je l’imagine se retourner vers son passé, des quelques mois qu’il a vécus depuis son éclosion aux millions d’années d’évolution qu’il représente. Le sait-il qu’il est porteur d’un patrimoine vivant qu’il a pour devoir de transmettre de générations en générations sans faillir ? Que penserait-il d’un monde où l’individu a pris une telle place sur le collectif qu’il est près à compromettre l’existence même de sa propre descendance ?

Peux-tu nous parler des distinctions que tu as reçues ?

J’ai été primé une première fois en 2020 et très récemment au concours Emotion’Ailes, à chaque fois en Belgique donc ! Je peine encore franchement à le croire, moi qui ai encore tant à apprendre ! Ça m’aide à être positif et à ne pas non plus tomber en dépression dès lors que je n’arrive pas à créer ce que je voudrais. Pour autant, pas question de verser dans l’auto-satisfaction. J’ai cela en horreur !

As-tu une idée du temps passé sur le terrain ou en affût ?

Je suis sur le terrain quasiment tous les jours, c’est te dire ! C’est devenu pour moi une nécessité. Comme j’ai commencé sur le tard, je ressens un désir immense de rattraper le temps perdu. J’ai mis tant de temps de savoir ce que je voulais faire de ma vie que maintenant, je ne peux plus m’arrêter !

Quelles sont les difficultés que l’on peut rencontrer ?

Ca peut être tellement de choses ! Tout dépend de ce qu’on attend de la photo. Personne n’est obligé de devenir le nouveau Vincent Munier pour se lancer à fond dans la photo nature. Une fois que j’ai dit ça, on peut rencontrer 3 types de difficultés : le matériel d’abord auquel cas il faut connaître les limites de son appareil pour s’éviter toute frustration, le sujet ensuite – pas au bon endroit, trop farouche ou pas là tout simplement… – et enfin le manque d’inspiration. Dans 99% des cas, le problème, c’est nous. 

Que penses-tu de l’éthique en photographie animalière et quelle est ton éthique, ton exigence lors de tes sorties photos ?

C’est évidemment un des piliers de la photo animalière. A ceux qui débutent, je dirais qu’il faut à la fois être très voire trop prudent et ne pas non plus se flageller si parfois, on fait fuir l’animal. Disons qu’il faut apprendre à se connaître et connaître les espèces. Rien ne remplacera jamais l’expérience pour savoir quelles limites s’imposer. Personnellement, il y a des espèces que je n’irai pour l’instant pas photographier comme les Tétras par exemple par peur de les déranger et aussi, parce que je m’impatiente très rapidement.

Quelle est ton approche lors d’une sortie photo ?

Je cherche avant tout un lieu où je peux trouver un sujet (je frise la tautologie, je sais !), peu importe lequel, et ensuite je construis mon approche en fonction de ça. Je vais aussi tenir compte de l’orientation par rapport au soleil, de la profondeur de champ, de l’endroit où je pourrais me cacher… Je me laisse ensuite surprendre par ce que m’offre la nature.

Peux-tu nous raconter ta plus belle rencontre animalière ?

Incontestablement, ma rencontre avec la Locustelle tachetée ! J’étais dans ma friche en train d’attendre le Tarier pâtre lorsque j’entends au loin un chant reconnaissable entre mille. Reste que comme je ne connaissais pas bien l’espèce, j’étais sûr qu’elle ne vivait qu’en milieu humide et que ça ne pouvait pas être elle. Je me rapproche et décide d’attendre à proximité de là d’où sortait le son. Lorsque je l’ai vue, les larmes ont coulé ! Ca paraît bête pour un petit oiseau brun, mais à ce moment-là, mon regard sur mon petit coin de campagne a changé. La friche était devenue l’endroit le plus précieux au monde.

Quelles sont les espèces que tu rêverais de photographier et pourquoi ? / Quel est ton plus grand rêve en tant que photographe ?

Tellement d’espèces en France que je n’ai pas encore photographiées ! Parmi les communes, j’adorerais avoir un beau portrait de Huppe et un peu plus de Martins – que je n’arrive presque jamais à saisir alors qu’il y en a partout autour de moi. Mon plus grand rêve serait de pouvoir continuer à photographier les oiseaux encore dans 30 ans. 

Quels sont les photographes qui t’inspirent et pourquoi ?

Pas facile de faire une courte sélection parmi tous les super photographes qui nous entourent ! Parmi les francophones, je dirais sans hésitation Bastien Riu, Fabien Dubessy et Etienne Francey qui ont tous une approche hyper originale de la photo de nature. Elle a cette magie qui dépasse la beauté même du sujet. C’est vraiment le genre d’œuvres que je voudrais accrocher dans mon salon ! 

Quelle est la photo dont tu es le plus fier ? 

Mon Pipit d’amour. Déjà parce que j’étais très proche de lui, mais c’est surtout parce que je l’ai pris alors qu’il était perché entre deux lattes de bois du mirador de chasse. On ne voyait que sa tête et la photo était vraiment différente de ce que j’avais l’habitude de faire. Ce jour-là, j’ai eu un peu l’impression d’avoir progressé ! C’est un souvenir très fort.

Que penses-tu des retouches en photo ?

Ça fait partie du job ! Il faut évidemment essayer de faire le plus gros du travail au moment où on est sur le terrain et ensuite, on appose les finitions à l’ordinateur. J’aime rester fidèle à l’ambiance que j’ai perçue au moment de la prise de vue et recadrer le moins possible. Après je ne m’interdis pas de supprimer quelques éléments gênants (brindilles principalement) si ça peut faciliter la lecture de l’image. 

Quels conseils donnerais-tu aux photographes animaliers ? 

Je vais tâcher d’être concis ! Le premier, c’est avant tout d’être exigeant. Par rapport à sa démarche d’abord et puis, d’essayer de se remettre en permanence en question, de chercher ce qu’on aurait pu faire autrement. C’est le moyen le plus rapide d’apprendre. Ensuite, je vais répéter ce que la grande prêtresse australienne de la photo, Georgina Steytler, a écrit : « si tu veux faire de super photos, pas de secret, achète-toi un super appareil photo ». Sur le moment, j’ai trouvé ça scandaleux et puis, l’idée a fait son chemin et j’ai cassé ma tirelire. Ca a changé ma vie ! Quitte à passer du temps sur quelque chose, autant aller au bout de ses moyens. Enfin, le dernier conseil serait de faire des stages aux côtés de photographes qu’on admire. C’est aussi un budget, mais on apprend tellement ! C’est une chance inouïe de pouvoir bénéficier de leur expérience.

Quels sont tes projets, ton actualité, tes prochains challenges photo ?

Je suis sur mon petit nuage depuis que j’ai obtenu le Grand Prix du concours belge Emotion’Ailes ! Ca me donne envie de me lancer encore plus à fond dans l’aventure. Je rêve de faire une expo enfin l’an prochain, mais comme tu as pu peut-être le constater, je suis parfois très lent ! Je dois encore beaucoup travailler pour amener de la cohérence dans mes images et avoir une histoire à raconter. 

Un petit mot pour la fin de l’interview ?

Lâchez donc ce téléphone maintenant ! Dehors !

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(5 commentaires)

  1. Très bel article . On retrouve Antoine tel qu on le connaît à travers ses publications. Ses photos sont toujours magnifiques et donne l envie de faire un tour dehors. Merci Léa

  2. Superbe article, une belle sensibilité. Je me suis abonnée direct à votre compte Instagram. Je n’ai plus qu’à m’acheter un superbe appareil photo 😁
    Merci beaucoup Léa pour cet agréable moment.

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