Le respect en photo animalière par Thomas Legentilhomme

Respect de l’animal, passion pics et passion faune africaine, Thomas nous invite dans son magnifique univers où l’éthique est une chose primordiale.

Je vous souhaite une très belle lecture et n’hésitez pas à lui laisser un petit commentaire sous l’article !

(L’article est plus agréable à lire sur ordinateur, notamment pour bien profiter des photos de Thomas présentes ici). Les photos sont protégées par son droit d’auteur.

QUI EST THOMAS ?

Je suis Thomas, j’ai 34 ans. J’ai rejoint Paris il y a 10 ans pour le travail, je suis Conseiller en gestion de patrimoine. Je suis originaire de Loire Atlantique, j’ai grandi à la campagne dans une petite ville entourée de prairie, champs, lac, marais, bords de Loire, canal de Nantes à Brest. Un endroit dans lequel je reviens très souvent passer du temps. Je suis passionné de faune depuis mon plus jeune âge. Petit, il n’y avait que les animaux qui m’intéressaient…

Pourquoi la photo animalière, depuis quand ?

J’ai découvert la photo tardivement, j’ai acheté mon premier réflexe en 2014. Je m’en servais uniquement lors de voyages donc plutôt pour photographier des paysages. En 2018, pour un voyage en Tanzanie, j’ai acheté mon premier bel objectif afin de photographier la faune sauvage. Je n’ai jamais arrêté de photographier les animaux depuis. La photo m’a permis de retrouver ma première passion pour les animaux et d’y consacrer du temps, ce qui était devenu rare, pris par la vie du quotidien.

Quels sont tes objectifs, le message que tu souhaites faire passer ?

Je pense ne pas avoir d’autre objectif que celui de me faire plaisir, c’est assez personnel comme passion pour moi. Je veux juste me retrouver au calme dans la nature, ne pas savoir ce que je vais découvrir.

Etre seul, sans parler, juste observer. Mon message est le plus simple possible, « cette espèce nous pouvons l’observer chez nous » ! Je suis étonné à chaque fois, lorsqu’en montrant mes photos on me demande « tu l’as vu où cet oiseau ? ».  – « à 800m de la maison, en faisant le tour du lac ».

Tu te rends compte que les gens n’ont absolument pas conscience de la diversité des espèces qui partagent leur quotidien. Et c’est d’autant plus vrai à Paris, mon entourage citerait 3-4 espèces max présentes à Paris : pigeon, rouge-gorge, mésange et pie. Donc quand tu leurs apprends que des centaines d’espèces fréquentent nos parcs, bois de Boulogne et de Vincennes et que tu leur montres des photos de martin pêcheur, faucon crécerelle, pic (vert, épeiche, mar, noir), ils ont du mal à croire que tu aies pu croiser tous ces oiseaux incroyables dans Paris.

Tu apportes une attention particulière aux pics. Peux-tu stp nous en dire plus ? 🙂 

Ah mes chouchous !!!

Mes parents habitent en plein centre ville mais ont un grand jardin. C’était très rare, mais environ 2 fois par an, le matin, un pic vert venait sur la pelouse. C’était l’évènement, on s’appelait « venez voir, le pic vert est là ».

J’étais frustré car il ne restait jamais longtemps, c’était vraiment furtif, je ne prenais même pas le risque d’aller chercher des jumelles, de peur qu’il s’envole avant que je revienne. Je me suis toujours dit qu’un jour, j’arriverai à observer correctement cet oiseau.

J’aime tout chez eux, leurs couleurs, la façon qu’ils ont de s’accrocher sur les troncs d’arbres. Leur recherche est géniale, on les entend bien avant de les apercevoir : leurs cris sont si caractéristiques, les entendre frapper le bois. On ne peut pas se tromper, on sait qu’ils sont là, gros shoot d’adrénaline, il n’y a plus qu’à espérer les voir avant d’être repéré.

Ils sont passionnants ces oiseaux.

Ma première photo de pic vert, j’étais comme un fou, elle n’est pas parfaite mais c’est une de mes préférées.

Le premier que j’ai bien observé est le pic épeichette. Je marchais dans les bois, je m’arrête complètement au hasard et des copeaux de bois tombent à mes pieds, je lève la tête il était juste au-dessus de ma tête à 2m. Je me demande encore pourquoi il est resté 15 minutes sans partir, il m’a forcément vu approcher jusqu’à lui !

La première rencontre du pic noir, dans Paris, c’était quelque chose aussi, il m’a vu c’est évident et pourtant il est resté au sol sur une souche à se nourrir à 5m de moi. Il est resté 10 bonnes minutes, il s’est envolé j’avais l’impression que ce moment avait duré 3h…

Ils sont ma priorité quand je sors sur Paris, ce sont eux que je rêve de croiser.

 Que t’apporte cette merveilleuse passion ?

Du CALME !!!!! Tout va très vite à Paris, les journées passent à tout allure. Le fameux « métro-boulot-dodo » n’est vraiment pas un cliché ! On peut vite être happé par ce quotidien. C’est une ville bruyante également. La photo animalière me permet d’avoir des longs moments au calme, seul, sans parler à personne, sans téléphone, sans écran, sans (presque) pollution sonore. La photo animalière c’est également des émotions de dingue, de l’adrénaline, on tombe presque nez à nez avec un animal sauvage (souvent complétement par hasard en ce qui me concerne), il est là, chez lui, on peut le voir évoluer paisiblement. Tourner la tête 30 secondes, en affût, pour changer un peu de position, puis se remettre face à son boitier et là 2 chevreuils sont sortis du bois, ils sont à 10 mètres, on n’a strictement rien entendu. C’est tellement intense que plusieurs fois, il m’est arrivé d’oublier de tenter de prendre une photo.

As-tu une idée du temps passé sur le terrain ou en affût ?

Je ne compte pas mais cela doit représenter pas mal d’heures ! Ce que je recherche c’est justement de me déconnecter du temps qui passe. Mon moment préféré est le matin, je me lève très tôt pour profiter des premières heures du soleil. Je ne pratique pas à l’affût à Paris, je ne me vois pas transporter tout le matériel dans le métro ! Je me promène dans les bois entourant Paris dès que j’ai le temps et j’y passe une demi-journée a minima. Je pratique parfois l’affût à la campagne (martin pêcheur, chevreuil et renard) et j’y reste le plus longtemps possible.

Quelles sont les difficultés que l’on peut rencontrer ? 

Je n’ai jamais réellement rencontré de difficultés, pour moi la photographie animalière est vraiment du pur plaisir. Si cela était galère de sortir ou des casse-têtes d’organisation, je pense que j’arrêterais. L’idée est de s’offrir une « parenthèse verte », même quand je rentre en ayant pris aucune photo je suis content. J’ai vu des choses, je me suis aéré l’esprit, ça fait toujours du bien !

Allez pour en trouver une, 90% de mes photos sont prises en ville donc je dois composer avec les promeneurs, les joggeurs, les chiens… 

Que penses-tu de l’éthique en photographie animalière et quelle est ton éthique, ton exigence lors de tes sorties photos ?

Je suis un peu extrême sur le sujet…

Quand j’ai créé mon compte sur Instagram, j’étais très naïf en voyant des photos animalières (proximité, scènes…) plus dingues les unes des autres. J’y voyais un talent fou chez tel ou tel photographe en me disant mais jamais je n’arriverai à faire de telles photos.

Et puis, j’ai participé à un concours photo organisé par Prenonslapause, association qui promeut la diversité et la protection animale entre autres. Un des fondateurs de l’association m’a alors révélé que certaines photos avaient été mises de côté car des doutes existaient sur la façon de les obtenir.

J’étais vraiment étonné et c’est à ce moment que j’ai appris qu’énormément de photos étaient possibles car les animaux étaient attirés notamment par de la nourriture, que certains spots photos étaient connus pour cela, que des photographes professionnels réputés ne s’en cachaient même pas et qu’énormément de photos primées étaient faites en affût avec des animaux nourris.

Donc aujourd’hui j’en suis sûr, il y a des photos, probablement des animaux et certaines scènes que je ne verrai jamais car je ne participerai jamais à cela. Je ne comprends pas, si je ne peux pas le voir de mes propres yeux je le verrai dans de superbes documentaires réalisés sur des années par des professionnels qui je l’espère auront respecté la nature.

Je pense que les réseaux sociaux sont terribles pour cela, beaucoup d’amateurs comme moi veulent faire LA photo pour en mettre plein la vue à leurs abonnés, c’est l’escalade…Je trouve cela triste et encore une fois ceux qui en paieront le prix seront comme d’habitude les animaux, quand j’entends que dans certains pays, les ours n’hivernent plus car trop nourris… sérieusement comment peut-on prétendre aimer la nature… L’unique objectif c’est de repartir avec sa photo !

Pour moi les photos animalières c’est simple : être dans la nature, la respecter et avoir un appareil photo (et beaucoup de chance), c’est tout !!

Quelle est ton approche lors d’une sortie photo ?

Je ne fréquente que des endroits que je connais par coeur quand je prends le boitier avec moi.

En fonction de ce que j’espère observer ce jour-là, j’adapte les lieux de sortie et les horaires. Je me fais le plus discret et silencieux possible, j’approche et me déplace très lentement. Et je reste toujours sur les chemins, les sentiers, au bord des cours d’eau. Je n’entre jamais dans un bois sans sentier, jamais dans un champ. Je veux être comme n’importe quel promeneur ou randonneur et ne pas déranger les animaux en m’enfonçant davantage. Après je laisse mon feeling et ma chance me guider.

Peux-tu nous raconter ta plus belle rencontre animalière ?

Sans aucun doute la faune Africaine ! J’en ai rêvé depuis mes 7 ans je pense. Je collectionnais tout ce que je trouvais sur la faune africaine : images, livres, figurines. J’avais des abonnements un tout un tas de trucs : magasines, fiches techniques. Les murs de ma chambre étaient couverts de posters d’animaux.

Quand j’ai organisé mon voyage en Tanzanie j’étais comme un fou, des mois avant je ne tenais plus en place. J’ai lu autant que possible avant le départ pour avoir tout en tête, savoir où chercher…Sur place c’était exactement comme dans les centaines de documentaires que je regarde à la télé depuis 20 ans. 15 jours d’émerveillement ! J’y retourne bientôt… 

Quelles sont les espèces que tu rêverais de photographier et pourquoi ? 

Simple, j’aimerais beaucoup voir le cerf et le blaireau parce qu’ils sont présents en forêt près de chez mes parents et que je n’ai jamais pris le temps d’aller les rencontrer !

Quels sont les photographes qui t’inspirent et pourquoi ?

Je trouve que la photo est un art très subjectif, chacun son style, sa sensibilité. J’aime beaucoup ce que font Alexandre et Chloé Bès et Fabien Gréban, par exemple. 

 Que penses-tu des retouches en photo ? 

Je n’ai rien contre si cela permet avec de petites touches d’améliorer le rendu de sa photo, pourquoi pas ! Je pratique peu car j’ai l’impression que c’est quelque chose qui prend beaucoup de temps et les logiciels de retouche me semble bien trop compliqués à comprendre pour moi !

Quelle est la photo dont tu es le plus fier ?

Question difficile ! Dur de choisir mais je dirais peut-être celle d’un martin pêcheur en vol. Après l’avoir souvent pris posé, je m’étais dit que cela serait sympa de tenter de le prendre en vol. Je ne me doutais pas que j’allais passer autant de temps avant d’en avoir une potable !!!

Quels conseils donnerais-tu aux photographes animaliers ? 

Je leurs dirais de se contenter de ce que la nature nous offre, la photo animalière n’est pas une question de trophée. Et que la patience finit toujours par payée. 

Un petit mot pour la fin de l’interview ? 

Tout d’abord merci à toi Léa de m’avoir donné la parole et merci pour ton travail de sensibilisation à la préservation de la faune. Ouvrez les yeux la nature nous offre des rencontres, des moments merveilleux. Même si elle nous survivra, prenez soin d’elle, son équilibre est si fragile.

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(2 commentaires)

  1. Je connais bien la rigueur et l’éthique de Thomas sur un plan professionnel. Le retrouver ainsi dans le cadre de sa passion ne m’étonne pas! Belle interview! Merci!

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