Marc Flamand, bidouilleur d’images de nature et rencontre sauvage avec les loups !

A travers une plume ponctuée d’humour et de poésie, Marc nous amène au coeur de sa passion avec des descriptions telles que l’on se projette à ses côtés.

Talentueux photographe, véritable amoureux des trésors de notre Terre, il nous parle avec émotions de ce qui l’anime pendant ses sorties « nature » et photos.

Coup de coeur pour sa rencontre sauvage avec deux loups lors d’un affût. Magique.

Bonne lecture ! 🥰 N’oubliez pas de lui laisser un petit mot en commentaire et à suivre son travail (lien en bas de l’article). Les photos sont protégées par son droit d’auteur.

Marc Flamand,

photographe animalier


Nom : Flamand. Prénom : Marc. Âge : 42 balais. Bidouilleur d’images de nature.

Comment me présenter ? 

Les gens m’attribuent très vite le même totem, avec une certaine unanimité : Nounours. Le gars est format armoire normande. Un peu pataud sur les bords. Souriant. Direct et attentif aux êtres humains.

Je suis né et j’habite en région parisienne, dans un environnement où la nature est largement ignorée. Je suis avocat pour les entreprises, évoluant au quotidien dans un environnement “hors sol”. 

Pourquoi la photographie animalière ?

La photo animalière m’est un peu tombée dessus, de manière très “naturelle”, sans que vraiment je n’ai eu à me dire “c’est ça que je veux faire”. 

J’ai toujours fait de la photo. Dès petit, avec les appareils paternels, puis avec mes premiers compacts argentiques et ensuite mon premier reflex argentique. Mais pas de photos de nature. 

Ma rencontre avec la nature remonte à mes quinze ans, le jour où j’ai pu faire mon baptême de plongée sous marine en Corse. Cela a été comme une révélation. Découvrir un univers totalement inconnu, peuplé d’êtres aux formes et couleurs totalement inédites… Je me suis lancé à corps perdu dans la connaissance du monde aquatique, comme une chasse aux pokémons avant l’heure. Mes palmes ont trempé dans (presque) toutes les mers du globe. 

Et puis vint une rencontre humaine qui a changé ma vie. Mon épouse. Non plongeuse. 

C’est à ses côtés que je me suis mis à découvrir le monde terrestre. Jusqu’au jour où nos pas nous ont mené en Indonésie, à Kalimantan, à la rencontre des orang outans. Cela a été le deuxième révélateur, dans la parfaite continuité de ma découverte du monde marin gamin étant. 

Il m’est devenu indispensable de fixer sur pellicule ce que notre monde abrite. Pour moi, un petit peu. et puis pour transmettre. A mes filles.

Quels sont tes objectifs, le message que tu souhaites faire passer ?

J’ai toujours eu dans l’idée que, plus que le sujet qu’elle représente, une image marque celui qui la regarde par l’émotion qu’elle transmet. L’histoire qu’elle amène. 

Avec en toile de fond l’idée qu’on protège mieux ce qu’on aime. 

J’essaye donc de concevoir ma photographie comme un passeur de message, en tentant d’y apporter les émotions ressenties lors de mes rencontres sauvages, avec un accent particulier sur les émotions lumineuses.

Que t’apporte cette merveilleuse passion ?

La photographie de nature, c’est tout simplement ma respiration. Des instants où je me reconnecte avec moi même et avec le monde qui m’entoure. 

Le tumulte quotidien est remplacé par une communion complète et totale avec la nature. 

Se faire oublier. Attendre la rencontre, peu importe qu’elle se réalise ou non. Ouvrir grand ses oreilles et ses yeux. Se laisser porter par une brise légère. Froncer le nez sous une pluie battante. Observer les herbes danser sous les éléments. Ecouter les gazouillis des mésanges. 

Mon ouverture est la même que lorsque je plongeais. Chaque végétal, chaque insecte, chaque animal est précieux. Tout a sa place et mérite que l’on s’y intéresse. Jamais un affût ne pourra se résumer au mot “bredouille”. Il suffit juste d’ouvrir les yeux.

As-tu une idée du temps passé sur le terrain ou en affût ?

Travaillant dans un bureau blanc et aseptisé, avec un job très prenant, le temps passé sur le terrain n’est, de base, pas significatif. 

Papa passionné par ses deux petits moinettes de 2 et 4 ans, le temps disponible pour la prospection et la photo est devenu encore plus réduit. 

Ayant compris ce que représentent ces parenthèses nature pour mon équilibre, ma formidable épouse me permet de m’échapper de manière régulière. Un début de matinée le week end, quelques heures à la plage lorsque nous sommes en vacances, ou quelques jours, pour aller chez les copains. 

Raison de plus pour savoir déguster chaque moment en nature. Chaque instant est précieux.

Que penses-tu de l’éthique en photographie animalière et quelle est ton éthique, ton exigence lors de tes sorties photos ?

Chat forestier par Marc Flamand. Photo protégée par son droit d'auteur

Nous ne sommes que des invités en nature. Les espaces “naturels” sont tellement réduits, et la faune qui les habite est devenue si fragile, qu’il est indispensable d’avoir un comportement aussi clean que possible.

Pour ce qui me concerne, cela veut dire  : pas de nourrissage (en dehors d’une source hivernale de nourriture pour les passereaux de nos villes), pas de repasse, limiter autant que possible les dérangements, en arrivant, par exemple, de nuit sur un poste d’affût et en repartant une fois que l’on est sûr que l’on ne dérangera plus. 

Un affût ne sera jamais aussi réussi que lorsque le spectateur que je suis repart et que la scène s’est vidée naturellement, chaque acteur repartant tranquillement à d’autres occupations.

Je ne prétends pas être exemplaire. Il arrive en effet malheureusement que je dérange. Chaque expérience me permet cependant de ne plus faire les même erreurs par la suite.  

Peux-tu nous raconter ta plus belle rencontre animalière ?

Chaque rencontre a pour moi énormément de valeur. Trois rencontres m’ont cependant particulièrement marqué : Ma rencontre avec les orangs outans, mon premier vrai face à face avec un renard et puis… ma rencontre avec le loup gris. 

C’était en Biélorussie en 2020. Juste avant le confinement. Personne ne parlait encore de l’arrivée imminente du Covid en Europe. J’ai rejoint Fabien Bruggmann qui accueillait une poignée de photographes chez Ivan, l’un de ses amis, dans une forêt reculée du pays. Une forêt magique peuplée de loups, de lynxs, d’ours, de grands tétras et autres créatures fantasmagoriques de la forêt primaire européenne. 

Bercé de rêves à mon arrivée, j’ai vite compris que la probabilité de croiser le chemin du loup était plus forte qu’ailleurs mais aussi réduite que de gagner gros au loto. Une chance pouvait cependant exister d’en croiser au loin. Je m’y accrochais donc. 

Fabien avait trouvé une carcasse d’élan mort dans un marais. Il avait placé une tente d’affût à une vingtaine de mètres. Grands corbeaux, renards, pygargues, etc. se sont succédé devant ses yeux. Et puis, un jour il m’a proposé d’y aller. 

Seul, face au marais je me suis installé dans la tente, avec une seule ouverture sur l’extérieur occupée par mon objectif. Les grands corbeaux ont profité de la carcasse suivis par les majestueux pygargues. Et puis. tout ce monde s’est envolé en un éclair. C’est alors que par ma gauche, j’ai pu entendre des pas rapides dans l’eau du marais arriver, sans que je ne puisse voir qui venait. 

Comme par magie, sont apparus dans mon viseur deux loups. Majestueux, puissants. Ils ont commencé leur festin puis ont tiré la carcasse sur la terre ferme et ont poursuivi leur repas. Le souffle court, le doigt tremblant d’émotion, immobile, de peur d’être immédiatement repéré, je n’osais plus bouger. Puis, retrouvant mes esprits, j’ai pu me concentrer et commencer à faire des photos, en espaçant, pour ne pas générer trop de bruit. Le spectacle a duré une demi heure. Deux loups se repaissant devant moi à juste vingt mètres. Impossible même dans mes rêves les plus fous. Je suis certain que les loups m’avaient parfaitement repéré. Mes photos en attestent. Mais ils m’ont toléré. 

Au bout d’une demi heure, repus, les deux loups s’en sont allés. Je les ai entendu s’éloigner. Sans savoir s’ils étaient encore proches, ou même autour de la tente, je suis resté subjugué pendant longtemps, réalisant à peine ce qui venait de se produire. 

Les grands corbeaux, les pygargues et même l’autour des palombes sont revenus au buffet. 

En fin d’après midi, à nouveau tous les oiseaux se sont enfuis. Voici revenir le plus fort des deux loups. De nouveau, j’ai assisté à la suite de son repas, pendant longtemps encore. Et puis… il s’en est allé. 

Je ne sais pas si ces instants sont réels ou si je les ai rêvés. Mes photos sont là pour m’assurer que je ne suis pas fou.

Quel est ton plus grand rêve en tant que photographe ?

Réussir à me mettre sérieusement à la photo subaquatique, alliant mes deux passions pour la photo de nature et la plongée sous marine. Une sorte d’aboutissement. Mais pour cela il faut beaaaaaaaucoup de temps libre (et un bel investissement aussi). 

Quels sont les photographes qui t’inspirent et pourquoi ?

Marc Jardot : c’est un génie (toutes ses images te laissent pantois), un vrai amoureux de la nature et un type en or !

Charline Palomares : une nana extra, qui poursuit son rêve photographique avec un amour immodéré pour la nature et les êtres qui la peuplent. Bourrée de talent. 

Markus Varesvuo : Le pape de la photo ornitho. Il fait des images qui sortent du valhalla, avec des lumières de dingue.  

et puis plein de potes, rencontrés en vrai ou sur les réseaux !

Que penses-tu du post-traitement en photo ?

Le débat sur la retouche/post traitement est faussé par des idées venant des milieux de la mode ou de la pub. 

Ajouter, supprimer des éléments d’une photo, ou modifier la substance du sujet, c’est de la “retouche” au sens propre du terme. Certains artistes font des visuels très intéressants. Mais c’est une pratique de la photo qui ne me parle pas vraiment. 

Lorsqu’il s’agit d’ajuster des contrastes, des équilibres de couleur, de la luminosité, à mon sens c’est plus du “développement”, de la même manière qu’on développait une photo avec une pellicule argentique. Alors, beaucoup de possibilités s’offraient sans que personne n’ait rien à dire.  Il s’agit de “révéler” la photo. 

Tout est ensuite une question de mesure et d’honnêteté. 

Pour ce qui me concerne, je développe mes photos, et ne m’en cache pas, en restant le plus fidèle possible au souvenir visuel que j’ai du moment photographié.

Quels conseils donnerais-tu aux photographes animaliers ?

D’abord un bon bouquinage, puis faire un bon repérage (physique ou numérique), et sortir sortir sortir et sortir pour enfin aboutir à une image. 

La connaissance des espèces et du terrain c’est la clé ! Sans cela, pas d’image ! 

Et puis aussi ne pas se prendre la tête ni trop au sérieux !

Quelle est ton approche lors d’une sortie photo ?

Lors d’une sortie, réussir à faire des photos n’est pas une finalité ultime. 

Le moment de magie que j’aurai pu passer avec le rouge gorge, le renard, le martin pêcheur, le loup ou le héron, ou bien même une fleur restera, quoiqu’il advienne, fixé dans ma tête.   

En faire une photo, qui racontera l’histoire de cette rencontre, de cet instant privilégié, suspendu, c’est un bonus. 

Quelle est la photo dont tu es le plus fier ? 

La prochaine image que je raterai ! Elle me motivera pour réussir celle d’après. 

As-tu d’autres domaines qui t’intéressent en photo et/ou d’autres passions ?

J’aurais adoré pouvoir dire que je suis un batteur de talent et skateboarder pro. Trop badass ! Mais non. Je n’ai jamais pu faire de batterie, ça fait trop de bruit pour les voisins ! Et pour le skate : je n’ai aucun sens de l’équilibre ! mais peut être un jour ou l’autre ! Il faut toujours croire en ses rêves ! Donc… pour le moment la photo, dans tous ses aspects et toutes ses pratiques (paysage, portrait, voyage, etc.) c’est déjà pas mal ! et … la nature !

Quels sont tes projets, ton actualité, tes prochains challenges photos ?

Monter ma prochaine expo photo. Pour transporter des images de leur format numérique à leur véritable destinée ! 

Pour cela il me faut… du temps et un lieu (festival, bar, restaurant, commerce…). 

D’ailleurs, si un de tes lecteurs est intéressé pour son établissement (sait on jamais, sur un malentendu !) on se DM ? 

Un petit mot pour la fin de l’interview ?

Gardez votre âme d’enfant. Elle est précieuse pour continuer à vous émerveiller. 

Suivez Marc :

Plus d’articles à lire :

(1 commentaire)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s